L’entreprenariat à tout prix

Les premières années aux côtés de Jérôme, la poursuite et la fin de mes études en Design de Produits nous amenèrent à nous installer ensemble dans différentes villes et différents appartements. Mes études à Lyon, et notamment un stage de graphisme dans une entreprise créatrice de linge de lit pour enfants, me donnèrent l’envie d’entreprendre très jeune à l’âge de 22 ans.

Certains de mes dessins réalisés durant mon stage furent sélectionnés et reproduits pour des housses de couette vendues à La Redoute ou encore So Home, je n’en revenais pas ! Hélas, les droits ne m’appartenaient plus … je n’étais qu’une « petite stagiaire ». Mon stage terminé et mon diplôme de Licence Professionnelle en Design de produits en poche, j’avais désormais une première base pour pouvoir me mettre à mon compte en autoentrepreneur. Le monde du salariat ne m’avait jamais attiré … j’avais besoin de me sentir libre même si j’allais certainement en baver les premières années (et j’y reviendrais plus tard, à ce sujet !)  En parallèle, ces études de Design me permirent également de concrétiser un projet en tête depuis longtemps : me servir de mes facilités en dessin pour les mettre au profit du handicap. Je participais alors à un concours lancé par l’Association Mode Estime, à la recherche d’idées novatrices autour du handicap moteur. Ma proposition de sac adapté à un fauteuil roulant fut retenue pour une petite fille aveugle, malentendante et atteinte aussi d’un déficit moteur. Ce fut le début d’une longue histoire, celle de mon projet Libertoile, étroitement lié à celles des Trop’gnons … vous comprendrez pourquoi plus tard.

La folie des gourmandises

2012 fut l’année du lancement de ma petite entreprise, au départ orienté dans la maroquinerie adaptée, mais aussi la confection de bijoux macarons en pâte polymère. Il me fallait en effet un statut professionnel pour pouvoir exercer ces deux activités en toute légalité. Cette année, la pâte FIMO était à la mode ! La concurrence était de mise, la guerre entre créatrices aussi … et le mot « plagiat » se faisait entendre de partout sur les réseaux sociaux en plein essors. Tout le monde se mettait aux gourmandises miniatures, allant de la sucette multicolore aux tartelettes framboises et éclats de pistache d’un réalisme étonnant ! Un de mes macarons, avec lequel j’ai tenté de me démarquer et qui connut un franc succès, fut copié plusieurs fois puis proposé à un concours par une autre personne : cette dernière remporta un des trois premiers prix. La colère s’empara de moi d’un seul coup en apprenant la nouvelle sur les réseaux sociaux …

J’ai tenté, en vain, de défendre mes droits d’auteur mais personne n’en avait rien à faire : ni elle, ni les organisateurs du concours (cela m’avait profondément agacé). Et puis difficile de faire valoir ses droits sur une pâtisserie tellement déclinée et déclinable ! Ma blessure d’injustice n’a pas tardé à faire surface. S’en suivi une période plutôt sombre que j’aurais tellement voulu éviter : je me mis à juger, à m’énerver, à me venger en critiquant le travail d’autres créatrices qui pratiquaient une certaine concurrence déloyale et se permettaient de reprendre les bonnes idées des autres sans scrupule. La guerre était déclarée … pour des histoires de bijoux gourmands [Une vraie cour de récréation virtuelle quand j’y repense ! J’en rigole aujourd’hui ! Tout ça pour un macaron qui, en plus, ne pouvait même pas être mangé, quel drame]. Mais à force de dénonciations et de haine au fil des jours, j’étais fatiguée de me battre pour défendre de simples macarons … et je commençais à perdre des abonnés qui ne trouvaient plus d’intérêt à me suivre (si ce n’est lire mes posts qui ne parlaient plus que de plagiat). Je faisais l’erreur de leur donner de l’importance plutôt que d’avancer de mon côté avec confiance et honneur.

Avec le recul, je me suis trouvée bien bête de m’emporter pour cette histoire. Finalement, ce n’était pas tant le fait qu’on copie ma création qui me fit le plus mal …. c’est que cette histoire renforce mes blessures de trahison et d’injustice. 

Une colère créatrice

Quelques temps plus tard, mon attrait pour les macarons diminuait et laissait place à quelque chose de nouveau, d’étrange, sur un coup de tête et de ras le bol. Le temps des gourmandises était révolu … c’était décidé, je donnerais vie à … des champignons. Et vénéneux, en plus ! Personne ne voudra les toucher, personne ne voudra les adopter, on se moquera peut-être même d’eux tiens … Et puis ils n’auront pas de bouche, je veux qu’ils se taisent, surtout qu’ils ne parlent pas … car s’ils se mettent à parler, ils se mettront à juger comme on les jugera. La parole ne sera pas leur moyen de défense. Non, ils ne diront absolument rien …. Mais ils observeront avec leurs grands yeux, et ils écouteront l’Autre avec attention. Ils auront la liberté de penser, que personne ne pourra leur retirer. Ils resteront à jamais bienveillants, car avant de juger ils auront cette capacité d’observation et d’écoute si importantes et essentielles ! La bienveillance sera leur arme, et leur mission sera de la répandre partout dans le monde.

Champi est né. Champi, c’est moi …. C’est peut-être toi aussi …. C’est finalement peut-être nous tous … En le créant, je me suis dit « Amandine, STOP, tais-toi, arrête de juger ceux qui te jugent, arrête de blesser ceux qui te blessent … Observe, écoute, et reste libre d’en penser ce que tu veux … mais ne juge pas. Nous avons chacun nos blessures, notre passé, la parole est parfois de trop. Il suffirait simplement d’observer et d’écouter sans jugement, et tout serait peut-être plus simple … Tu apprendras que bien souvent, lorsque tu juges l’Autre, tu te juges en réalité toi même. Nous sommes chacun le miroir de l’Autre, nous nous voyons à travers les Autres »

Voilà, vous savez tout. Champi est un personnage qui incarne à la fois toutes mes blessures du passé (abandon, rejet, injustice, trahison, humiliation) mais aussi toutes les valeurs chères à mon cœur (bienveillance, tolérance, écoute) qui font aujourd’hui ma force. Il est à lui tout seul un beau mélange du passé et du présent, mais peut-être que le futur lui réservera un petit frère ou une petite soeur … avec une bouche, cette fois. Qui sait ? Ma psy m’a même suggéré de créer un personnage avec « une grande gueule » : j’y réfléchis sérieusement ahah !

Champi, c’est ma meilleure thérapie.

Et …. A ma grande surprise …

Vous l’avez adopté.

Qui aurait cru qu’un si petit personnage puisse devenir un militant de la bienveillance, né de mes expériences douloureuses du passé … Il devient aujourd’hui le représentant de ce que j’étais, et de ce que je souhaite désormais défendre, mettre en valeur. A travers Champi, toute personne peut ainsi se reconnaître : maladie, handicap, ségrégation raciale, harcèlement, abandon, rejet, injustice, trahison, humiliation … Il est le fruit d’une leçon de vie, d’une remise en question sur soi, sur notre société aussi, sur nos comportements conscients ou inconscients.

Mais son histoire ne s’arrête pas là :  de nombreux rebondissements, bouleversements, traumatismes l’attendent aux chapitres suivants !


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